L'écriture automatique

Dans le premier Manifeste du surréalisme, qu'il fait paraître en 1924, Breton présente ainsi l'écriture automatique :

"Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de votre esprit sur lui-même. Placez-vous dans l'état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien que la littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout. Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu'à chaque seconde il est une phrase étrangère à notre pensée consciente qui ne demande qu'à s'extérioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le cas de la phrase suivante ; elle participe sans doute à la fois de notre activité consciente et de l'autre, si l'on admet que le fait d'avoir écrit la première entraîne un minimum de perception. Peu doit vous importer, d'ailleurs ; c'est en cela que réside, pour la plus grande part, l'intérêt du jeu surréaliste. Toujours est-il que la ponctuation s'oppose sans doute à la continuité absolue de la coulée qui nous occupe, bien qu'elle paraisse aussi nécessaire que la distribution des noeuds sur une corde vivante. Continuez autant qu'il vous plaira. Fiez-vous au caractère inépuisable du murmure. Si le silence menace de s'établir pour peu que vous ayez commis une faute : une faute, peut-on dire, d'inattention, rompez sans hésiter avec une ligne claire. A la suite du mot dont l'origine vous semble suspecte, posez une lettre quelconque, la lettre l, et ramenez l'arbitraire en imposant cette lettre pour initiale au mot qui suivra."

Commentaire :

On voit assez comment, dans ce texte, Breton cultive l'ambiguïté. Il se garde bien, à aucun moment, de désigner de manière explicite cette source dont il compte tirer les richesses de ses textes à venir. Est-ce pour n'être pas lui-même entièrement convaincu du bien fondé de sa découverte qu'il préfère employer des expressions allusives telles que "activité consciente et l'autre", ou encore "la coulée qui nous occupe" pour désigner ce qu'il présente comme relevant de l'inconscient ? Il semble bien que ce texte contienne déjà en germe les doutes qui vont peser sur la part prétendue d'arbitraire dans une activité qui passe par l'écriture.
On ne sera donc pas surpris de voir que Breton se détourne en 1922 de ce mode d'écriture.

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